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Sacha fait le tour de son nombril
Si tu regardes ton nombril et que ton nombril est intéressant, ... l'ennui, le vice et le besoin. * (2ème partie)
--> * Voltaire, Candide. Citation préférée de Mme K.
Orange-à-lèvres distribue donc les sujets... j'ai rapidement le mien. Un coup d'oeil sur l'objet d'étude concerné : "Convaincre, persuader, délibérer". Je suis un peu refroidie, j'aurais préféré le biographique... ou la poésie... mais pas ça ! Deuxième mauvaise surprise : le corpus sur lequel nous devons travailler se résume à... un texte. Un conte de Daudet, "La légende de l'homme à la cervelle d'or". C'est assez inhabituel, parce qu'en général, le corpus se compose de 3 à 5 textes, ce qui aide beaucoup pour le commentaire... ou la dissertation ! Le conte en question est affreux : un homme, né avec une cervelle en or, s'arrache des morceaux du crâne pour vivre dans l'opulence. Il se rend compte un jour qu'il faut qu'il préserve cette richesse (il s'agit quand même de sa tête... !) mais continue tout de même à la dépenser pour faire des cadeaux hors de prix à sa femme, qu'il adore. Lorsque celle-ci meurt, il ne lui reste plus que quelques morceaux d'or dans la tête. Il finit par les gratter avec les ongles pour acheter des chaussures qui aurait plu à sa femme, et meurt. Mh. Ouéééé, chouette. Première chose à faire : répondre à la question. Qui est "dégagez la morale de ce texte, expliquez-la brièvement et dites à quel(s) genre(s) on peut le rattacher"... Un peu déprimée, je jette aussi un oeil sur la dissertation, le sujet d'invention et l'extrait à commenter (en sachant qu'il faut en faire un des trois, au choix). A première vue, le commentaire ne m'inspire vraiment pas. Et je n'ai fait qu'une seule dissertation dans ma vie... Quant au sujet d'invention, mieux vaut ne pas y penser, c'est un véritable piège. Un poil déprimée, je m'attelle à la question. Je ponds un truc bateau, pas très cohérent, mais au moins j'ai PRESENTE LE DOCUMENT. Pas comme la dernière fois. (Je tiens d'ailleurs à remercier le Neko pour son utile précision : "brièvement", ça veut dire au moins un recto-verso... logique, non ?). Une fois la question finie, je jette à nouveau un oeil sur le commentaire. Pour tout vous dire, je pensais depuis des mois que je ferais le commentaire, parce que je sais bien les faire (sauf avec M. V.) et que je ne sais faire à peu près que ça... mis à part la seule dissertation de mon existence, qui m'a pris environ 8 heures de week-end. Mais là, j'ai beau lire et relire l'extrait à commenter, pas la plus petite trace du moindre enthousiasme ne vient pointer le bout de son nez. En fait, je n'ai rien à dire sur ce texte, et d'ailleurs je n'ai jamais vraiment aimé Daudet (sans doute à cause de La chèvre de M. Seguin, et aussi de cette foutue prof de collège qui nous avait bassiné avec lui une bonne partie de l'année...) Il est quasiment 9h, et je suis un peu découragée. C'est une sensation étrange, parce que ça ne m'est presque jamais arrivé, et surtout jamais devant un devoir de français. Je pourrais commencer à dépiauter le texte, comme j'en ai l'habitude, pour en tirer deux ou trois axes de lecture mais... ça ne m'intéresse pas. En fait, l'idée de le faire me déprime. Il faut dire que l'extrait est particulièrement déprimant - c'est la fin, la mort de la femme, puis celle du héros... Alors comme ça, pour me changer les idées, je m'intéresse de plus près au sujet de la dissertation. "Pourquoi certains écrivains ont-ils recours à la fiction pour transmettre des leçons ou des vérités ?" C'est assez intéressant, je me dis. Alors je jette sur le papier trois idées en vrac, sans vraiment penser à aller plus loin. Et là, je me dis "tiens, et si j'essayais de trouver un ou deux exemples pour chaque idées ?" Ce que je fais. Les Fables de La Fontaine, Candide de Voltaire, Le Dernier Jour d'un Condamné de Hugo, Fahrenheit 451 de Bradbury... entre autres. Et puis, je reprends chaque exemple, et j'essaye de l'associer avec chaque idée. Je développe tant bien que mal un argument à partir de chaque exemple - ce qui est complètement pas du tout respectueux d'une quelconque méthodologie. Et puis, en relisant mes petites notes, une petite idée assez agréable me vient à l'esprit... "Mais dis-donc, ça a quand même l'air de tenir la route, tout ça... et si finalement, je la faisais, cette dissertation ?" Je reprends tout depuis le début, j'explicite un peu le sujet, je développe mes trois idées en différents points, j'associe chaque point à un des exemples que j'avais trouvé, j'en ajoute d'autres, je note quelques idées générales au passage... je rédige mon introduction au brouillon. Je la recopie au propre en coupant la moitié. Et je me lance dans la dissert, avec pour tout plan, mes trois grandes idées de départ et les exemples qui vont avec. Comme souvent, j'écris d'un jet, au rythme auquel ça vient, en jetant un coup d'oeil de temps en temps aux notes de mon brouillon pour reprendre une phrase bien tournée. Je bloque dès le milieu de ma première sous-partie. Puis de la deuxième. Et ça repart. Je gratte, je gratte, je mets de l'ordre dans ma pensée, dans mon propos, j'ajoute des exemples, je bidouille des transitions, j'efface des phrases entières pour les réécrire - en mieux -, et je me dis que ça ne semble même pas trop illogique et incohérent. Le temps file... mais pas tellement, j'adore ça. J'écris, j'écris, ça a vraiment quelque chose de magique. Sur ma copie, Hugo cotoie La Fontaine, Bradbury discute avec Voltaire et Daudet (ben oui, faut bien quand même) serre la pince à Diderot... Tout ce beau monde pour servir mon propos ! Ces quelques écrivains parmis tant d'autres, je pourrais leur faire dire ce que je veux, leur insuffler une volonté, un but, des principes, comme bon me semble, pour répondre à cette problématique question de la fiction "vraie" ! Et j'ai l'impression d'être encore tellement loin de la véritable réponse ! Tant d'hommes ont voulu depuis toujours transmettre des messages en racontant des histoires, et moi je résume ça en huit pages et une dizaine d'arguments et autant d'exemples ! Je me sens si petite, pour un peu j'aurais presque honte. Mais pendant que j'écris, je ne pense pas vraiment à ça. A un moment, Orange-à-lèvres, qui passait entre les rangs, s'arrête derrière moi. Je ne le vois pas, mais je sens qu'elle lit ce que j'écris. Enfin, à ce moment précis, je n'écris pas, je viens d'effacer une phrase maladroite pour mieux la reformuler... et cette intrusion dans mon dialogue avec ma copie me déconcentre un peu, me déconcerte. Je reste sans bouger, le stylo au-dessus de la feuille, attendant que la présence dans mon dos s'éloigne... ce qu'elle fait, au bout d'un moment. Plus tard, elle revient, se penche vers moi et murmure : "Tu es bonne en français ?" Surprise, je dis "Oui..." et elle répond "ça se voit" avant de repartir. Je souris, un peu. Je viens d'écrire qu'Hugo revendique sa prise de position contre la peine de mort - ça je m'en souviens clairement. C'est drôle. Vers 11h30, j'ai fini. Il me reste encore la conclusion à faire. J'en fais une sorte de gros délire philosophique sur l'humanité et l'esprit critique - enfin moi, je le vis comme ça, mais ce n'est probablement pas aussi chouette. J'aimerais trouver une ouverture, mais je ne suis pas habituée à cet exercice, et mon cerveau se brouille à nouveau. Finalement, je numérote mes copies - il y a dix pages en tout - je me relis, j'apprécie, et je vais rendre le tout à Orange-à-lèvres. Je lui emprunte son stylo pour émarger. La cloche sonne midi, Orange-à-lèvres dit "C'est fini, c'est l'heure, rendez-moi les copies". Je vois Oznur, à gauche, qui accélère encore son écriture. Pour moi c'est terminé, je range mes affaires. Un dernier coup d'oeil dans la salle - il y a un crucifix au-dessus de la porte. Je sors dans le couloir. Légère. Je vais voir en salle 127 si le Neko a fini - il est déjà parti. Je descend le vieil escalier, échange quelques mots avec Clémi, Anouk et Noémie. Tiens, Noémie, c'est marrant... ma meilleure amie à la maternelle et en primaire, qui a continué au collège en privé. Puis dans la cour, je retrouve le Neko. Bisou. "Alors, comme ça s'est passé ? - Super ! - Tu as pris quoi ? - La dissert ! - Et toi ? - Pareil !" Les questions sont les mêmes tout autour de nous. Il fait très chaud. On sort. La prof de français du Neko discute avec ses élèves devant le portail. Un peu plus loin, sur la place, je vois la mienne. Je laisse le Neko avec les siens, je vais voir ma classe. Mme K. me voit et s'approche l'air interrogateur et surtout très stressé : "Vous avez pris quoi ?!!?" On discute un peu, je lui fais un compte-rendu de mon plan, des exemples, elle râle parce qu'on n'a eu qu'un seul texte. Et ça me fait toujours autant plaisir de discuter avec elle. Après on parle avec d'autres personnes, on échange rapidement des impressions, on parle des STG qui passe cet après-midi, dans le cagnard. Tout le monde se sépare en petits groupes, pour aller manger. Voilà, c'est fini. C'est bizarre. Soulagement et un peu de nostalgie en même temps. J'ai vraiment passé un très bon moment. Tapuscrit par Sacha le Mercredi 14 Juin 2006, 15:46, alors qu'elle se sentait Z'en vrac !.
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à 09:21