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Sacha fait le tour de son nombril
Si tu regardes ton nombril et que ton nombril est intéressant, Les traumatismes de notre enfance...
Dans ce temps lointain où les dessins animés japonais faisaient leur apparition sur les télévisions françaises, une foule de personnes indignées s'étaient révoltées contre ces aberrations ultra-violentes aux graphismes hideux, tellement en-dessous de la douceur saine edulcorée des Walt Disney... Bien entendu, les amateurs d'anime n'en avait eu cure, et c'est pour cela que les dessins animés japonais ont aujourd'hui le succès qu'on connaît. ... Heureusement ! Nourrie dans mon enfance aux Minikeums exclusivement (mais si ! ces espèces de marionnette genre Guignols de l'info ! y'avait Coco, Vaness, Josie...) j'ai pu apprécier à la fois le charme désuet du dessin animé français, avec, heuuu... (que de souvenirs impérissables !) et les nouveautés enthousiasmantes des importations niponnes. Parmi lesquelles (qui demeurent encore et toujours mes références en matière de séries animées) Belle et Sébastien (le premier, celui pour lequel le Pop's m'a tiré au lever du jour de mon lit, et qui m'a fait découvrir les joies nouvelles de la télé !), Princesse Sarah, Ulysse 31, Princesse Saphir, Remi sans famille, Les 4 filles du Docteur March, ou encore Cat's Eyes. Plus tard, grâce à France 5, je découvris Olive & Tom, Hamtaro et les derniers épisodes de Princesse Sarah que je n'avais jamais pu voir. Mais surtout, j'associe cette période heureuse, où le Japon n'évoquait encore rien chez moi, au dessin animé culte de toute une génération (en tout cas c'est le mien, et si ce n'est pas votre cas, je déplore votre inculture)... Mêlant action, Histoire, romance et secrets... Rempli à ras-bord de grands yeux étincelants, de cygnes traversant l'écran sous une une pluie de roses, de belles robes à crinoline et de duels à l'épée... Il s'agit bien entendu de Lady Oscar ! Summum du kitsch historique, qui a fait rêver des générations de petites filles ! (certaines, encore aujourd'hui, y prête plus de crédit qu'à la Marie-Antoinette de Sofia Coppola... !) Petit rappel de la merveille, pour ceux qui n'auraient pas la chance d'y avoir déjà goûté : au XVIIIème siècle, Oscar François de Jarjayes, une très belle jeune fille, est élevée comme un garçon par son père, déçu de n'avoir pas eu de fils. Le visage d'ange de cet être androgyne soulève les passions dans tout Paris. Devenu officier, Oscar est chargée de la protection de la toute jeune dauphine Marie-Antoinette, qui vient d'arriver en France pour se marier avec le futur Louis XVI. On suit alors les divers évènements qui ont jalonné la vie mouvementée de Marie-Antoinette. Comme chacun sait, une fois devenue reine, cette dernière dépense l'argent du royaume pour s'acheter des robes et des bijoux, et s'entiche d'un beau soldat suédois, le Comte Axel de Fersen. Fidèle à sa reine, Oscar tente, avec son ami d'enfance André (qui est depuis toujours secrètement amoureux d'elle, bien entendu), de la raisonner et d'en faire une reine consciencieuse et aimée de ses sujets. Ce qui marche un peu, au début, mais plus trop sur la fin. Au passage Oscar tombe sous le charme de Fersen (qui ne connaît pas son secret, sinon ça ne serait pas drôle...) Bref, le peuple français finit par se soulever parce qu'ils veulent de la brioche (un truc comme ça), Oscar se rallie à leur cause parce que quand même, c'est pas juste que les nobles ils aient plein de privilèges alors que 98 % de la France crève la dalle, mais elle essaye toujours de montrer le droit chemin à la reine (qui s'en fout bien mal). Sur la fin, Oscar se rend finalement compte que Fersen n'est qu'un abruti, et que l'homme de sa vie, c'est André (qui attendait ça depuis le début de la série, et qui a perdu un oeil au passage, le pauvre). Manque de bol, le décidément malchanceux André clamse le lendemain, terrassé par une balle lors d'une bataille entre le peuple (soutenu par Oscar) et l'armée (dont vient Oscar... vous me suivez ?). Oscar est très triste, elle a des hallucinations, et pour arranger les choses, elle crache du sang. La totale. Quelques jours après, c'est à dire le 14 juillet, alors qu'elle est en train d'expliquer à des gens pas très doués comment fonctionne un canon, elle se retrouve sous le tir des soldats planqués en haut de la Bastille ! Fin de l'épisode. Si, si, je vous jure, l'épisode s'arrêtait là. Net. Sur un dessin d'Oscar s'écroulant en arrière, sous le feu de ces sales capitalistes de nobles. Dans une émission pour enfant, sur une chaîne du service public, à une heure de grande audience (juste après le goûter). On imagine le traumatisme de La Hyène, qui fond en larmes : "Maiiiiiis elle va mouriiiiiiir, bouuuuuuuh ! ..." Je prends alors très au sérieux mon rôle de grande soeur et tente de préserver l'état mental de la petite fille éplorée en me lançant dans une tirade sur l'immortalité des héros : "Mais non, ne t'inquiète pas ! Les héros des dessins animés, ça ne meurt pas ! Elle a peut-être juste fait semblant de tomber en arrière pour faire croire qu'elle était touchée ! D'ailleurs, y'avait même pas de sang ! Pleure pas, elle est pas morte ! ..." Et je parviens finalement à en convaincre La Hyène et à sécher ses pleurs. Le jour suivant se passe dans l'attente fébrile de l'épisode de l'après-midi. Confiante dans le savoir immense de sa grande soeur, La Hyène attend de voir comment Oscar va faire semblant de mourir pour pouvoir prendre les ennemis à revers et envahir la Bastille à elle toute seule. Cruelle désillusion ! L'épisode s'ouvre sur une Oscar agonisante qui voit André flotter au-dessus d'elle et qui finit par mourir - non sans avoir eu le temps de voir le drapeau blanc sur la Bastille. Une fin tragique, quoi. Enfin, tragique pour nos relations inter-soeurs, parce que La Hyène, choquée par cette fin affreuse et dégoûtée par mes mensonges, m'en veut à mort : "Maiiiiiis t'avais dit qu'elle mourrait paaaaas, t'as mentiiiiii, bouuuuuuh ! ..." Et je vous assure, j'ai eu beau m'excuser, tenter de lui expliquer que je ne savais pas tout, que je n'avais pas la science infuse, et lui affirmer que la mort de notre chère Oscar me peinait autant qu'elle, j'étais quand même la traitresse qui avait quasiment tué notre héroïne. Je ne sais pas si, encore aujourd'hui, La Hyène se rappelle de cet épisode de notre vie. En tout cas, je suppose qu'elle n'a plus autant de rancoeur qu'à ce moment-là (du moins faut-il l'espérer)... Mais moi, la mort d'Oscar tout autant que la réaction de ma petite soeur m'ont traumatisées, et il m'arrive encore d'en parler avec une grande mélancolie (pas vrai Neko ?) Morale de cette histoire : méfiez-vous des Walt Disney, les héros meurent parfois dans les bons dessins animés. Deuxième morale : trahir votre petite soeur sans même le savoir peut être parfois plus traumatisant que de perdre votre héros. Troisième morale : Oscar François de Jarjayes n'a jamais existé, contrairement à ce que pouvais en dire le générique (d'une niaiserie extraordinaire, je précise) ("... tu vivais sous la Révolution... personne n'oubliera jamais son nom... ranpataplon !"). Ne croyez donc pas tout ce que vous disent les dessins animés, parfois ça peut ne pas être vrai. Je l'ai découvert en demandant au Pop's s'il connaissait Lady Oscar, et sa réponse négative mit fin à tous mes rêves. Triste enfance. Tapuscrit par Sacha le Dimanche 18 Juin 2006, 10:45, alors qu'elle se sentait Z'en vrac !.
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