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Sacha fait le tour de son nombril

Si tu regardes ton nombril et que ton nombril est intéressant,
alors tu atteindras l'universel
- Henry Miller -

loral 2 franC lol kikoo (3ème partie)
--> De l'originalité dans un aéroport (expldr)

Lundi 26 juin 2006. Levée tôt - mais pas trop, j'ai préparé mes affaires la veille : feuilles, trousse, manuel, descriptif, lectures complémentaires, des barres de céréales et une bouteille d'eau. Je suis convoquée à 7h45, passe dans la matinée - mais je ne sais pas quand. Je prends un petit-déjeuner costaud, mais j'ai un peu du mal à avaler. Je n'ai pas spécialement peur, je ne suis pas vraiment stressée : juste cette petite fébrilité indispensable, la montée d'adrénaline, une sorte de trac, comme au théâtre. C'est Le Pop's qui m'amène. Nous (moi, ma classe, mes amis...) ne passons pas notre oral dans notre lycée - cher lycée jaune et familier.

En fait, quand j'arrive devant l'établissement où nous sommes convoqués, le lycée en question tient plus de l'aéroport. Une grande place devant, un bâtiment imposant avec des drapeaux qui pendouillent (pas de vent), un hall vitré qui, en éxagérant à peine, a la taille de mon lycée. Mais pas un chat - c'est les vacances ! - hormis les élèves qui viennent passer leur oral. Je retrouve d'abord Chima et Fred. On repère notre salle - Co7, on regrette de ne pas être en Co2 en dignes scientifiques - et on trouve la coursive C, grâce aux utiles indications du Neko.

Un couloir avec des chaises - on est loin des heures de colle distribuées lors de l'oral blanc aux élèves qui, devant patienter presque 3h30, avaient OSE s'asseoir par terre. L'un des reproches majeurs que je peux faire à mon lycée, c'est bien cette absence de compréhension envers ceux qui ne sont même pas fichus de rester debout toute une matinée, non mais ! Mh. On croise des connaissances "Alors, la forme ? Tu stresses pas trop ? Nan, mais toi t'as pas de souci à te faire, de toute façon ! ..." On est là, et en même temps on est ailleurs. Sur la porte de la salle Co7, un feuille indique notre ordre d'entrée - le même qu'à l'oral blanc, en fait. On se pose. Une femme s'approche, passe devant nous, ce n'est pas notre examinatrice "Dommage, elle avait l'air sympa". Un homme, plus âgé, l'air pas particulièrement heureux d'être là : il ne sera pas pour nous non plus. Enfin, une jeune femme menue, avec des boucles blondes et des lèvres roses, nous salue "Bonjour" avec un sourire et entre dans la Co7. Notre examinatrice, celle qui décidera de notre note d'oral en fonction de notre exposé, de notre travail, de nos connaissances, de nos capacités à parler, sera une poupée.

Manu, le premier, entre. On essaye de se détendre, on discute, on rigole, certains révisent une dernière fois leurs petites fiches bristol. Les minutes s'égrènent, mais au fond, c'est un moment assez sympa. Hors du temps, comme les révisions. On parle de tout et de rien, on se pose quelques questions sur le cours, les figures de style et la destinée dans Phèdre. Les élèves entrent un à un, toutes les 30 minutes. Lorsqu'ils ressortent, c'est le déluge de questions "Comment ça s'est passé ? T'as eu quoi ? Quelle problématique ? Quelles question ? Elle est sympa ? Tu veux un bonbon ?..." Des sourires surtout, ça soulage. On fait des pronostics en fonction des objets d'étude déjà tombés "T'as eu Candide ? Zut, j'aurais bien aimé, moi aussi" (ça c'est moi). On mange, l'émotion ça creuse.

Et tout à coup, c'est mon tour. Un peu de mal à réaliser. "Bonjour ! Sortez votre trousse, votre texte de L'Ennemi (Baudelaire)... Voilà votre problématique". La poupée me tend un papier sur lequel elle a écrit la problématique à l'encre bleue. En quoi ce poème est-il révélateur du spleen baudelairien. J'ai un peu de mal à croire à tant d'originalité : "J'ai eu exactement la même problématique à l'oral blanc !!" Elle, un peu étonnée : "Ah bon ?" Elle sourit, c'est une coïncidence qui doit être amusante mais je ne m'en rend pas vraiment compte. "J'espère que je tiendrai plus longtemps qu'à l'oral blanc" (j'avais fait un exposé de 7 minutes, au lieu des 10 demandées). Je dois avoir un nom qui attire le spleen baudelairien - chouette !

Je m'installe à la table, sors de ma trousse mes bouchons en mousse, fais un signe à Chima qui s'asseoit devant la poupée pour présenter son exposé. Puis je me plonge dans mon brouillon. Je ne me pose pas de questions, je reprends le même plan qu'à l'oral blanc. J'utilise la technique suprême du Neko, qui souligne les citations directement dans son texte avec plein de couleurs différentes et note sur son brouillon seulement quelques indications. J'ai la vague impression de refaire ce que j'ai déjà fait, ce qui est le cas, mais surtout de ne pas réussir à aller au fond des choses. Peut-être parce que j'ai déjà disséqué ce poème en long, en large et en travers. Les 30 minutes passent, à la fois vite et lentement. J'ajoute encore deux ou trois choses dans l'introduction et la conclusion. Au bout de 26 minutes, je suis prête.

Assise devant la poupée, je respire un grand coup et je me lance. J'hésite un peu, parfois, et je répète sans arrêt "avec les termes" pour introduire les citations. Quand je regarde la poupée, elle sourit et hoche la tête - mais je ne sais pas si ça veut dire "oui ! c'est bien ! vous êtes géniale !" ou "ne vous arrêtez pas ! continuez !". Je me rends compte en lisant ma conclusion que je réponds à la question de la problématique en disant la même chose que dans l'introduction. La poupée note le temps qu'a duré mon exposé : 12 minutes !! "Vous avez largement fait plus qu'à l'oral blanc !" avec un sourire. J'ose supposer qu'en 12 minutes, elle a dû oublier les termes exacts de mon introduction... ?

Puis, l'entretien. "Pouvez-vous me montrer l'évolution des formes poétiques en vous appuyant sur vos lectures complémentaires ?" (Original, Manu a eu la même question). Je prends quelques dizaines de secondes pour y réfléchir, un peu fébrile. J'ai bien fait de coller des post-it sur les pages de mon manuel, c'est plutôt utile ! Je me lance... et dis tout ce que je peux. De temps en temps, elle me pose une question. Mais ce n'est pas vraiment un dialogue, j'ai l'impression de refaire un exposé, et je ne peux m'appuyer que sur des textes que j'ai relu deux ou trois fois. C'est moins agréable qu'à l'oral blanc, où j'avais dit les mêmes choses mais au cours d'un vrai dialogue, et en citant des textes que je connais "personnellement", pas seulement ceux qu'on avait étudié en cours. Je ne pense pas à glisser dans mon exposé quelques lectures personnelles, j'oublie de parler de Prévert.

Je termine. Elle me dit "Bien, l'entretien est quasiment terminé... Encore une question... Quel texte avez-vous préféré sur toute l'année ?" Grand blanc. Bonne question. Puis je me souviens, bien sûr ! de Fahrenheit 451. Ce que je réponds, l'occasion de refaire un lien vers la poésie - parce que j'adore l'écriture très poétique de ce roman. Et puis, pour citer une LA, je dis Les liaisons dangereuses, en précisant que c'est parce que j'avais beaucoup aimé le livre. Elle rit, et m'approuve. Je suis un peu ailleurs, je range mes affaires, je sors en lançant "Bonnes vacances !" tout à trac. Elle ne m'a fait aucun commentaire, ni sur l'exposé, ni sur l'entretien.

Dans le couloir, je retrouve Manu, Chima et Sarah, qui est la dernière à passer. Questions traditionnelles. On sort. Je suis un peu déçue, parce que j'ai eu le même texte qu'à l'oral blanc, et aussi parce que j'ai trouvé l'entretien un peu trop scolaire. Petit coup de déprime. Le Pop's dira plus tard "Mais t'as pas compris la règle du jeu ! L'important c'est pas de faire de l'art, c'est de faire du chiffre !". Merci Pop's (il est ironique, et en plus à ce moment-là, il connaîtra mes résultats).

Je rentre, je me sens un peu naze. Quelques larmes pour mes parents, quelques larmes au téléphone avec Neko - parce que je suis une petite chose sensible. Ils me réconfortent tous à leur manière, et ça fait du bien. C'est fini. Je suis en vacances.

Enfin, presque... Il reste encore une (ou plutôt deux) inconnues, jusqu'au 5 juillet.

Tapuscrit par Sacha le Lundi 10 Juillet 2006, 09:35, alors qu'elle se sentait Z'en vrac !.